Consultation, suites et cabinet

Détatouage au laser picoseconde : comprendre l’échelle de Kirby-Desai

Publié le 20 octobre 2026Révisé le 18 octobre 2026 par le Dr Simon Lamquin

Illustration : Avant-bras tatoué posé sur une table claire, à côté de lunettes de protection laser
Illustration générée par IA

Vous envisagez un détatouage au laser picoseconde et l’on vous a parlé de l’échelle de Kirby-Desai ? Cette grille sert à estimer le nombre de séances de détatouage nécessaires pour effacer un tatouage. Elle a été publiée en 2009, à une époque où le détatouage reposait surtout sur les lasers nanosecondes. Elle donne donc un ordre de grandeur, pas une promesse. Au cabinet de Cagnes-sur-Mer, près de Nice, elle sert de point de départ à une discussion en consultation.

L’essentiel en quelques lignes

  • L’échelle de Kirby-Desai additionne des points attribués à six caractéristiques de votre peau et de votre tatouage.
  • Selon ses auteurs, le total donne une estimation du nombre de séances.
  • Elle a été construite à partir de dossiers de patients traités avant la diffusion des lasers picosecondes.
  • Plusieurs études plus récentes ont eu besoin de moins de séances que le score ne le prévoyait. Ces études sont petites et ne permettent pas de prédire votre cas.
  • Le nombre réel de séances se constate au fil du détatouage au laser réalisé au cabinet, séance après séance.

D’où vient l’échelle de Kirby-Desai ?

L’échelle porte le nom de ses auteurs. Elle a été proposée en 2009 dans une revue de dermatologie esthétique, le Journal of Clinical and Aesthetic Dermatology. Leur point de départ était simple : il était difficile de dire avec certitude à un patient combien de séances de laser son tatouage demanderait, tant les tatouages sont variés.

Pour construire leur grille, les auteurs ont relu les dossiers de 100 patients venus pour un détatouage au laser. Ils ont attribué à chaque tatouage un score dans six catégories, puis ont comparé le total au nombre de séances qui avait été nécessaire pour obtenir un résultat jugé satisfaisant. Ils ont trouvé un coefficient de corrélation de 0,757 entre les deux.

Ce chiffre traduit un lien net entre le score et le nombre de séances, mais pas une équivalence. Deux tatouages qui obtiennent le même score ne demandent pas forcément le même nombre de séances. Les auteurs présentaient leur échelle comme un outil pratique, qui devait aussi permettre de calculer le coût du traitement avec plus de certitude.

Les dermatologues français restent plus prudents sur ce point. Le Groupe Laser de la Société française de dermatologie écrit qu’il n’est jamais possible d’établir un devis global pour la totalité d’un détatouage, car le nombre de séances est variable et impossible à prévoir.

Les six critères notés par la grille

Le médecin attribue des points à chacun de ces critères, puis les additionne :

  • Le phototype : la couleur naturelle de votre peau et sa façon de réagir au soleil.
  • La localisation : l’endroit du corps où se trouve le tatouage.
  • Les couleurs : un tatouage noir seul ou un tatouage qui associe plusieurs couleurs.
  • La quantité d’encre : un tatouage peu chargé ou un tatouage très dense.
  • Les cicatrices et les changements de la peau déjà présents sur la zone.
  • La superposition : un tatouage recouvert par un autre.

Ces critères rejoignent ce que décrit la fiche d’information sur le détatouage par laser du Groupe Laser de la Société française de dermatologie. Selon cette fiche, le nombre de séances dépend de la densité du pigment, de la profondeur à laquelle il a été déposé et de la couleur de l’encre. Les tatouages faits maison à l’encre de Chine demandent peu de séances. Le vert et le bleu turquoise sont réputés plus résistants, et certaines encres récentes sont parfois presque indélébiles, quelle que soit leur couleur. Si votre tatouage est coloré, vous pouvez lire aussi pourquoi un tatouage en couleur s’efface plus difficilement.

La grille ne note pas tout. La profondeur de l’encre et la nature des encres récentes, citées par la fiche, n’y figurent pas en tant que critères. C’est une des raisons pour lesquelles le score reste une estimation.

Une grille née à l’époque des lasers nanosecondes

Selon cette fiche, mise à jour en 2017, les dermatologues fragmentaient depuis une vingtaine d’années les pigments du tatouage avec des lasers déclenchés nanosecondes, appelés lasers Q-switched. Le laser casse l’encre en particules plus petites par un effet photo-acoustique. Les cellules de défense de la peau peuvent ensuite les éliminer.

Les lasers picosecondes utilisent des impulsions plus courtes. En 2017, la fiche indiquait qu’ils pourraient apporter, dans certains cas, un avantage supplémentaire. Une étude publiée en 2020 rappelle elle aussi que le détatouage a surtout été réalisé avec des lasers Q-switched, d’une durée d’impulsion de l’ordre de la nanoseconde, et que l’efficacité des lasers picosecondes n’a été rapportée que plus récemment. Pour mieux comprendre cette différence, vous pouvez lire notre article sur le fonctionnement du laser picoseconde et son effet photo-acoustique.

L’échelle de Kirby-Desai a donc été calibrée sur des résultats obtenus à une autre époque, avec une autre technologie. Une estimation construite dans ces conditions ne se transpose pas telle quelle au laser picoseconde. Elle reste un repère utile pour parler des caractéristiques de votre tatouage, pas un calcul valable pour tous les appareils.

Ce que montrent les études plus récentes

Plusieurs équipes ont comparé le nombre de séances réellement effectuées au nombre prévu par l’échelle. Leurs résultats vont dans le même sens, avec des limites qu’il faut connaître.

Avec des lasers nanosecondes et de nouvelles techniques

Les résumés PubMed cités plus haut décrivent trois études menées avec des lasers Q-switched. En 2019, 22 patients de phototypes IV à VI, c’est-à-dire aux peaux mates à foncées, porteurs de tatouages amateurs d’une seule couleur, ont été traités par une technique appelée R0 : ils ont eu besoin de nettement moins de séances que ne le prévoyait l’échelle. En 2022, une série de 10 patients avec 13 tatouages professionnels, surtout noirs, a demandé environ 40 % de séances en moins que l’estimation de Kirby-Desai. En 2024, 11 patients ont reçu en moyenne 5,09 séances, contre 9,9 prévues par l’échelle.

Avec des lasers picosecondes

L’étude de 2020 associait des impulsions de 750 picosecondes et de 2 nanosecondes. Elle a obtenu le détatouage avec nettement moins de séances que le score de Kirby-Desai, sans effet indésirable rapporté. Une série publiée en 2026 a suivi 16 tatouages traités par un protocole qui combinait plusieurs gestes : un laser fractionné en préparation, deux passages de laser picoseconde et un dispositif d’aspiration entre les passages. Plus de 90 % du pigment avait disparu en moyenne après 3,19 séances, un chiffre inférieur à l’estimation de Kirby-Desai, que les auteurs utilisaient comme simple repère historique.

Comment lire ces résultats

Ces études portent sur peu de personnes, sur des tatouages choisis et sur des techniques précises. Les auteurs de la série de 2026 le disent eux-mêmes : leur étude est rétrospective, sans groupe de comparaison, et le protocole associe plusieurs gestes, si bien qu’on ne peut pas attribuer le résultat à un seul d’entre eux. Ces travaux suggèrent que l’échelle peut surestimer le nombre de séances avec les techniques récentes. Ils ne fournissent pas pour autant un nouveau chiffre fiable pour votre propre tatouage.

Comment le score est utilisé en consultation

En consultation, le médecin examine votre tatouage et votre peau, puis vous pose des questions sur l’histoire du tatouage : fait par un professionnel ou à la maison, déjà traité ou recouvert par un autre motif. Ces éléments permettent de situer votre tatouage sur les six critères de la grille.

Le score obtenu sert alors de base à la discussion. Il aide à expliquer pourquoi votre tatouage risque de demander plus ou moins de séances qu’un autre, et quelles zones ou couleurs pourraient résister. Il ne fixe pas un nombre de séances à l’avance.

Le traitement se règle ensuite séance après séance. La fiche du Groupe Laser de la Société française de dermatologie indique que les séances sont espacées d’au moins un mois, pour laisser à la peau le temps d’éliminer le pigment fragmenté et de cicatriser. Les yeux sont protégés par des lunettes ou des coques adaptées. Vous trouverez le détail du rendez-vous dans notre article sur le déroulement de la première consultation de détatouage à Cagnes-sur-Mer.

Ce que le score ne dit pas

Il ne garantit pas une disparition complète. Selon la fiche de la Société française de dermatologie, les tatouages professionnels demandent parfois plus de 10 séances, sans garantie de les voir disparaître complètement : une ombre peut persister.

Il ne prévoit pas les suites. Après l’impact du laser, la peau blanchit aussitôt, saigne légèrement, puis gonfle de façon temporaire. Quelques cloques peuvent apparaître, plus particulièrement avec les lasers picosecondes. La cicatrisation se fait en une à deux semaines. Des traces blanches peuvent persister à la fin des séances ; elles s’atténuent avec le temps. Une pigmentation brune passagère peut survenir, surtout si la protection solaire n’est pas rigoureuse après la séance.

Il ne donne pas un prix. Comme le nombre de séances ne peut pas être prévu, la fiche précise qu’un devis global pour tout le traitement n’est pas possible.

D’autres éléments que le score font varier le parcours. Vous pouvez les retrouver dans notre article sur les facteurs qui influencent le nombre de séances de détatouage.

Préparer vos questions pour le rendez-vous

Avant la consultation, notez ce que vous savez de votre tatouage : son ancienneté, s’il a été fait par un professionnel ou à la maison, s’il a déjà été traité au laser ou recouvert. Vous pouvez ensuite poser ces questions au médecin :

  • Quels critères de l’échelle comptent pour mon tatouage ?
  • Quelles couleurs ou quelles zones risquent de résister ?
  • Quel intervalle prévoir entre deux séances ?
  • Quelles suites attendre, et comment protéger ma peau du soleil ?
  • Que se passe-t-il si le tatouage s’éclaircit sans disparaître complètement ?

Ces réponses vous aideront à comprendre le score de Kirby-Desai pour ce qu’il est : une estimation, discutée avec vous et revue au fil des séances.

Ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale.

Questions fréquentes

L’échelle de Kirby-Desai peut-elle dire exactement combien de séances il me faudra ?

Non. Le score donne une estimation. Dans l’étude de 2009, le lien entre le score et le nombre de séances était net, mais pas parfait. La Société française de dermatologie rappelle que le nombre de séances est variable et impossible à prévoir. Le médecin vous en parle en consultation, puis le traitement s’ajuste au fil des séances.

Pourquoi le score est-il parfois plus élevé que le nombre de séances réalisées ?

L’échelle a été construite en 2009, à l’époque des lasers nanosecondes. Plusieurs études plus récentes, avec de nouvelles techniques ou des lasers picosecondes, ont eu besoin de moins de séances que prévu. Ces études sont petites et ne permettent pas de prédire le résultat pour votre tatouage.

Un tatouage fait maison demande-t-il autant de séances qu’un tatouage professionnel ?

Selon la fiche du Groupe Laser de la Société française de dermatologie, les tatouages faits maison à l’encre de Chine demandent peu de séances. Les tatouages professionnels en demandent parfois plus de 10, sans garantie de disparition complète. Votre tatouage est évalué en consultation.

Combien de temps faut-il attendre entre deux séances de détatouage ?

La fiche de la Société française de dermatologie indique un intervalle d’au moins un mois. Ce délai laisse à la peau le temps d’éliminer le pigment fragmenté et de cicatriser. Vous pouvez poser la question de l’intervalle lors de votre rendez-vous.

Le laser picoseconde peut-il laisser des marques sur la peau ?

Quelques cloques peuvent apparaître, plus particulièrement avec les lasers picosecondes, et la peau cicatrise en une à deux semaines. Des traces blanches peuvent persister puis s’atténuer avec le temps. Une pigmentation brune passagère peut survenir sans protection solaire rigoureuse.

Sources

  1. PubMed – résumés d’articles sur l’échelle de Kirby-Desai (Kirby et al. 2009 ; études de 2019, 2022 et 2024) (nouvel onglet) — PubMed, consulté le 18 octobre 2026
  2. PubMed – résumés d’articles sur l’échelle de Kirby-Desai et les lasers picosecondes (Kato et al. 2020 ; Campos et al. 2026) (nouvel onglet) — PubMed, consulté le 18 octobre 2026
  3. Groupe Laser de la Société française de dermatologie – Le détatouage par laser, fiche d’information (nouvel onglet) — Société française de dermatologie, consulté le 18 octobre 2026
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